Depuis mai 2023, à la demande des autorités togolaises, le département des finances publiques (FAD) du Fonds monétaire international (FMI) met en œuvre un projet d'assistance technique sur la réforme de la gestion des finances publiques (GFP), financé par l'Union européenne (UE). Cette approche s’inscrit dans le cadre des directives adoptées par l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Ce projet s'articule autour de trois piliers, à savoir : i) appuyer la transition vers une gestion budgétaire par programme et le développement d'outils de budgétisation sensible au genre (BSG) et au climat (BSC) ; ii) améliorer l'efficience de la gestion des investissements publics (GIP) ; et iii) renforcer la gestion des risques budgétaires. Il associe l'appui d'un conseiller résident (M. Ephrem Ghonda Makiadi) à des experts court terme et à des missions du siège du FMI. Au bout de presque trois ans, ce projet a considérablement avancé.
Dans le domaine de la gestion budgétaire, le projet a permis l'adoption progressive des outils nécessaires pour parachever la transition vers la méthode du budget-programme, qui a pris effet depuis le 1er janvier 2020. Cette réforme permet, pour la première fois au Togo, d'orienter les dépenses publiques vers des résultats mesurables, en liant clairement les ressources allouées aux objectifs des politiques publiques. Il s'agit notamment d'élaborer des outils appropriés tels que des circulaires sur la préparation et l'exécution du budget, de mettre en place le contrôle interne budgétaire au moyen d'un projet pilote au ministère des Finances et du Budget (MFB) et de dispenser des formations pour renforcer les capacités des gestionnaires budgétaires et améliorer la prévisibilité de l'exécution du budget.
Dans le domaine de la BSG, le projet a permis d'améliorer encore la qualité du document budgétaire tenant compte des questions de genre, qui accompagne le projet de budget depuis 2022. La mission la plus récente a été menée pour renforcer les analyses ministérielles sensibles au genre.
Pour la BSC, qui vise à analyser les dépenses publiques sous l'angle de leurs impacts sur le changement climatique et l'environnement, une première mission entreprise dans le cadre du projet UE-FMI en mai 2023 a permis d'élaborer une feuille de route pour la production et l'amélioration progressive d'un « budget vert ». Le troisième « Budget vert » du Togo a été publié en même temps que le projet de loi de finances pour 2026. Le Togo a déjà partagé son expérience en matière de BSC avec le Cameroun et le Congo et l’a aussi présentée à Paris lors de la réunion annuelle du réseau du comité d'aide au développement de l'OCDE en février 2026.
En ce qui concerne la gestion des investissements publics, le projet UE-FMI a financé une mission d'évaluation de la gestion des investissements publics pour le climat (C-PIMA) en octobre 2024. Les recommandations de ce rapport visaient à intégrer les préoccupations climatiques dans le cadre de la GIP. L'un des aspects clés est l'adoption prévue d'un décret régissant l'ensemble du cycle de la GIP, dont un projet a été élaboré lors d'une mission d'assistance technique qui s'est tenue en septembre 2025. En février 2026, les autorités togolaises ont publié une ordonnance approuvant le manuel de procédures pour la sélection, la hiérarchisation et la programmation des projets d'investissement public, qui inclut désormais les aspects liés à la fois au genre et au climat.
En matière de gestion des risques budgétaires, le projet UE-FMI a donné la priorité aux risques budgétaires liés aux entreprises publiques, en soutenant le renforcement de la déclaration des risques budgétaires et la préparation d'un rapport consacré aux entreprises publiques, au moyen de l'outil bilan de santé des entreprises publiques développé par FAD.
Il reste toutefois beaucoup à faire. C'est pourquoi les autorités togolaises ont sollicité auprès de l’UE et du
FMI la prolongation du projet d'appui. Cette extension permettra d'étendre l'expérimentation du contrôle interne budgétaire au-delà du MFB, de proposer une nouvelle organisation de la direction générale du budget et des finances, d'approfondir les progrès en matière de BSG et de BSC, et de renforcer les méthodologies d'entretien des actifs publics. En ce qui concerne les risques budgétaires, la prolongation devrait aider à renforcer les capacités d'analyse des risques liés aux garanties et aux partenariats public-privé. Enfin, le projet engloberait de nouveaux domaines, tels que la qualité de l'information budgétaire.
Le processus de réforme au Togo illustre la nécessité de maintenir une appropriation nationale forte et durable. Il requiert également une coordination étroite avec d'autres bailleurs de fonds, notamment avec le projet de bonne gouvernance financière de la GIZ et le projet de la Banque mondiale visant à moderniser l'administration publique en matière de prestation de services. Le projet continuera également à présenter ses activités et ses résultats au groupe thématique de partenaires techniques et financiers sur la gouvernance économique et financière à Lomé, coprésidé par l'UE et la Banque mondiale.